Cercle de Lectures | Passeurs & passants

Exercices de dérive

05/03/2020 | 18:30

Passeurs & passants
La crise migratoire sous la loupe des écrivains et des artistes

Un cycle de rencontres proposées par Corina Ciocârlie et le Cercle Cité
mars-juin 2020

Qu’est-ce qu’un migrant, un apatride, un réfugié, un « dubliné » en 2020, quelles sont ses illusions, ses chances, ses doutes, ses craintes ? Qu’est-ce qu’une frontière au pays de Schengen à l’heure du Brexit ? Relisons ensemble quelques réponses – romanesques, artistiques ou philosophiques – qu’on a tenté d’apporter à ce nous nous sommes mis d’accord pour appeler la « crise migratoire » de ce début du troisième millénaire.

Ils sont romancier (Aharon Appelfeld), essayiste (Marielle Macé), traductrice (Marina Skalova), philosophe (Jacques Derrida), sociologue (Isabelle Coutant), photographe (Angelos Tzortzinis), artiste (Shimon Attie), cinéaste (Philippe Lioret), etc. Chacun avec ses moyens, ils/elles auscultent ce qui – à travers les mots et les choses, les êtres et leurs rêves insensés – migre, s’en va, passe, repasse, recommence, se rue vers, se met en route pour…

Dans un poème/récit/essai à quatre mains écrit avec Niki Giannari et intitulé Passer, quoi qu’il en coûte (Minuit, 2017), Georges Didi-Huberman évoque le mouvement sans cesse recommencé des vagues, le flux et le reflux de nos rêves déchus, qui nous ramènent invariablement aux barbelés du camps d’Idomeni et à la jungle de Calais, au désarroi de Walter Benjamin devant la frontière fermée de Port-Bou en septembre 1940 et à l’image du petit enfant kurde échoué sur une plage turque en septembre 2015 : « Passer. Passer quoi qu’il coûte. Plutôt crever que ne pas passer. Passer pour ne pas mourir dans ce territoire maudit et dans sa guerre civile. Avoir tout perdu. Passer pour tenter de vivre ici où la guerre est moins cruelle. (…) Passer, donc, passer pour cesser d’être hors de la loi commune. Dans tous les cas : passer pour vivre. »

PROCHAINE RENCONTRE:
Exercices de dérive

L’errance, mode d’emploi. Qu’est-ce qui fait fuir les gens, quitter leur zone de confort pour naviguer en eaux troubles? Comment se met-on en route, laissant derrière sa maison, sa ville, son pays, son continent? Que se passe-t-il dès qu’on consent à s’égarer, dans le sens que Bertrand Westphal donne à ce mot («s’é-garer», quitter son lieu de stationnement, son chez soi douillet), dès qu’on se laisse dériver, dans le sens de Jacques Derrida («dé-river», quitter la rive familière)? Quelles que soient l’embarcation de fortune et la ligne de fuite choisies, deux questions taraudantes se posent aussitôt, renversant simultanément la logique de la destination et celle de l’origine: va-t-on arriver/arrimer son navire quelque part? le retour est-il envisageable, ou désirable?

Pour en savoir plus, on va croiser des récits de naufrages célèbres, depuis «Robinson Crusoé» de Daniel Defoe à «L’Île mystérieuse» de Jules Verne, en passant par «Le Radeau de la Méduse» de Théodore Géricault. Parallèlement, nous allons interroger plusieurs romanciers, essayistes et artistes contemporains qui se sont penchés sur les thèmes de l’exil, de la migration, de l’errance, de la fuite: Cormac McCarthy, «La Route»; Aharon Appelfeld, «Et la fureur ne s’est pas encore tue»; Velibor Colic, «Le Livre des départs»; Bertrand Westphal, «Atlas des égarements»; Georges Didi-Huberman, Niki Giannari, «Passer, quoi qu’il en coûte»; Marina Skalova, «Exploration du flux» ; Shimon Attie, «L’Acier de Damas».

(en langue française)

Jeudi 05 mars 2020 à 18h30
Auditorium Henri Beck (entrée: 2, rue Genistre)
Entrée libre, sur inscription (inscription@cerclecite.lu)

 


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